Une révolution silencieuse se prépare dans l’industrie automobile européenne. Et elle ne plaît pas à tout le monde. Stellantis, un géant aux marques emblématiques, va produire jusqu’à 200 000 voitures chinoises Leapmotor par an sur son site espagnol de Saragosse. Un tournant stratégique qui soulève inquiétudes et colère parmi les salariés.
La Chine s’invite dans les usines espagnoles
Stellantis investit massivement dans la ligne 2 de son usine de Saragosse, qui assemble déjà des modèles populaires comme l’Opel Corsa, la Peugeot 208 ou encore la Lancia Ypsilon. Cette modernisation vise un objectif très clair : atteindre une cadence de 950 véhicules par jour en 3 équipes.
Sur une base de 220 jours ouvrés par an, cela représente environ 208 000 véhicules Leapmotor produits annuellement. Et tout cela commencera avec un premier modèle dès la fin 2026.
Quatre nouveaux modèles chinois en route
La marque chinoise Leapmotor ne fait pas dans la demi-mesure. Son plan de lancement prévoit quatre nouveaux modèles assemblés à Saragosse :
- Leapmotor B10 : lancement prévu fin 2026 (avec un léger retard), environ 40 000 unités la première année, avec objectif de doubler rapidement ce volume
- Leapmotor B05 : attendu au troisième trimestre 2027
- Leapmotor A10 : date encore à confirmer
- Leapmotor A05 : également sans date précise
Les dirigeants de Leapmotor restent malgré tout prudents : tout dépendra de la demande du marché européen, expliquent-ils.
Un nouvel écosystème industriel autour de Leapmotor
Stellantis n’agit pas seul. Pour soutenir cette montée en puissance, un tissu de partenaires s’organise autour de la production. Exemple concret : la joint-venture Lieder Automotive, fondée par le groupe basque Fagor Ederlan et la société chinoise Duoli Technology.
Elle installera ses lignes de production à Borja, près de Saragosse, à partir d’août 2026. À la clé : 170 emplois et la fabrication de composants de châssis pour les véhicules Leapmotor. Une stratégie locale mais tournée vers la haute technologie venue de Chine.
Les marques européennes déplacées en coulisses
Cette réorganisation suscite de nombreuses critiques. Notamment chez les ouvriers, qui voient les modèles historiques mis en retrait. La ligne 1 de l’usine va absorber la production de l’Opel Corsa, qui quitte la ligne 2 pour y faire place aux véhicules chinois.
Cette reconfiguration suppose des étapes complexes :
- Fermeture temporaire de la ligne 1 (jusqu’à début mars)
- Adaptation à la plateforme STLA Small
- Transfert rapide de la production en une semaine
- Modification de la ligne 2 pour accueillir les gabarits plus larges des voitures Leapmotor
La capacité de production prévue sur la nouvelle ligne 1 ? Environ 290 000 véhicules par an, soit 60 unités à l’heure. Des chiffres solides, mais qui masquent un déplacement clair des priorités industrielles vers le partenariat asiatique.
Des tensions qui montent dans les rangs ouvriers
Face à cette transformation, la réaction des salariés ne s’est pas fait attendre. Pour beaucoup, ce recentrage inquiète. L’arrivée d’un partenaire chinois perçu comme envahissant fait craindre une perte d’autonomie industrielle et une marginalisation des gammes européennes.
Le silence de Stellantis n’aide pas à calmer les esprits. Interrogée par les médias, l’entreprise refuse de confirmer officiellement les détails du projet. Sa seule réponse : « Nous communiquerons en temps voulu ».
Une stratégie à double tranchant
Derrière ce virage stratégique, Stellantis joue gros. Miser sur Leapmotor permet de rajeunir son offre rapidement et de conquérir de nouvelles parts de marché. Mais cela risque aussi de fragiliser l’image de certaines marques historiques et de créer des tensions sociales en interne.
Le pari de l’hybridation industrielle, entre savoir-faire européen et technologie chinoise, peut réussir. Mais il nécessite un équilibre délicat. Et surtout, une vraie transparence envers ceux qui fabriquent les voitures, jour après jour, dans les usines du groupe.




